Dans les Baronnies provençales, si le débroussaillement est devenu réglementé depuis plusieurs décennies, les lois évoluent, et les changements climatiques imposent à chacun de prendre ses responsabilités. Le 30 septembre 2025, les textes ont encore changé, et suivre leur mise à jour et les mettre en application demande souvent une grande vigilance qui pourrait s’apparenter à une expertise. Pour accompagner les habitants, le Syndicat mixte du Parc naturel régional en lien avec la DDT et l’ONF a pris les devants en structurant, jusqu’en 2028, un ambitieux programme destiné aux communes drômoises adhérentes du Parc naturel régional des Baronnies provençales. Il déploie ainsi une véritable stratégie d’action et de sensibilisation portée par deux conseillers qui œuvrent sur le terrain pour assurer la sécurité de tous. En s’appuyant sur des outils de prévention pédagogique et d’un accompagnement technique avec des visites de terrain, le Syndicat mixte du Parc prouve à travers cette mission que l’entretien des espaces naturels à proximité des habitations peut être synonyme de sécurité, mais aussi de biodiversité, et pourquoi pas de solidarité et d’entraide…
La force de l’engagement d’un Parc repose sur une présence constante et concrète auprès des habitants et des élus locaux. Depuis janvier 2026, Maxime Bissey et Justine Chartier s’attèlent à simplifier les démarches de chacun, administrés et citoyens, avec un dynamisme exemplaire. Véritables couteaux suisses, leur mission est multiple. De la formation des élus, à la sensibilisation des habitants, en passant par le conseil directement sur site, quand des doutes persistent sur les coupes à effectuer, leur regard et leur savoir-faire visent notamment à lever les freins psychologiques et techniques liés au débroussaillement, en privilégiant le lien et le dialogue. En accompagnant les propriétaires, la compréhension des actions à mener est immédiatement plus tangible et permet de visualiser les transformations du terrain à prévoir tout en découvrant les opportunités de régénération naturelle du sol. Mais avant d’aller plus loin, rappelons d’abord quelques règles que les ces fameuses OLD imposent :
- Si un bâti est situé à moins de 200 mètres d’un espace forestier ou assimilé, il est concerné par le débroussaillement.
- La règle de base est de débroussailler sur 50 mètres autour de l’habitation ou de l’installation. Quand il y a empiétement chez un voisin, il faut son accord pour entrer sur son terrain, sinon la procédure administrative change et la responsabilité peut revenir au voisin concerné.
- En zone urbaine dotée d’un PLU, le débroussaillement peut s’imposer à la parcelle, même sans bâti.
- On peut conserver certains arbres remarquables ou arbres d’intérêt écologique, à condition de respecter une distance de sécurité autour de la maison et d’opérer à un élagage adapté.
- Les haies sont elles aussi encadrées, avec des distances minimales à respecter selon leur position par rapport au bâti, et il devient possible de conserver des îlots de végétation pour favoriser la faune, tout en gardant des zones dégagées autour pour limiter la propagation du feu. C’est une nouveauté importante.
En théorie, si les règles semblent simples, en pratique, il en est tout autre. Pour les maires des communes garants du respect des OLD sur leur territoire, la tâche est parfois titanesque. Afin de les accompagner dans ce qui va au-delà d’une simple conciliation de voisinage quand les espaces végétalisés chevauchent plusieurs terrains privés, le Parc déploie un volet de formation qui leur est dédié. Ces sessions visent à les outiller face à la complexité réglementaire, en clarifiant leurs responsabilités juridiques et en proposant des méthodes concrètes pour piloter une politique de prévention efficace. Maxime et Justine, qui ne manquent pas de ressources pour qu’élus et administrés baronniards s’emparent de cette mission, ont imaginé une bible contenant notamment des courriers officiels préalablement rédigés qui font mention des textes de loi. Ils ont aussi travaillé à des atlas qui pourront être confiés à chaque commune qui en fera la demande, permettant d’identifier très précisément les zones les plus à risques et celles concernées par les OLD, ainsi que les propriétaires associés. Au-delà de l’aspect administratif, les temps de rencontres que Maxime et Justine permettent constituent un espace d’échange précieux où les élus peuvent partager leurs retours d’expérience sur la gestion des conflits d’usage ou l’élaboration de plans pluriannuels de débroussaillement. En renforçant ainsi les compétences des décideurs locaux, le Parc les aide à transformer une obligation réglementaire parfois vécue comme une contrainte en un véritable levier de résilience territoriale, favorisant une action harmonisée et solidaire face au risque incendie.
Ces actions, si elles sont encouragées et valorisées, ne pourront être menées en toute saison. En effet, pour la Drôme, par exemple, la préfecture recommande de réaliser le débroussaillement en période hivernale, hors cycles de reproduction de la faune et de la flore, et indique que les travaux lourds au broyeur sont à faire de septembre à février. En dehors de ces périodes, d’autres solutions existent. Le binôme rappel la possibilité de l’utilisation du pastoralisme comme méthode « douce » et durable pour entretenir les zones à débroussailler, quelle que soit la saison, par les chèvres rove par exemple. Ils savent pourtant que cela restera anecdotique au regard du travail que ces obligations nécessitent. Alors ils réfléchissent à développer des accompagnements de projets qui deviendraient bénéfiques pour tous, comme des partenariats entre communes et Maisons Familiales et Rurales, l’apprentissage des uns permettant d’effectuer un travail incontournable pour d’autres, qui pourra être accompagné par des professionnels, et supervisé par les communes et le Parc.
La mission des deux jeunes recrues du Parc s’inscrit ainsi dans une démarche qui dépasse la seule application d’une obligation réglementaire. Elle accompagne les citoyens dans une meilleure compréhension de leur cadre de vie, en les aidant à concilier sécurité, préservation des espaces et respect des cycles naturels. En favorisant des pratiques plus attentives aux équilibres écologiques, cette action contribue à faire du débroussaillement non pas seulement une contrainte, mais aussi un levier de sensibilisation et de transition. À travers cette approche, c’est toute une culture du paysage, plus sobre et plus vivante, qui peut se renforcer au service de la biodiversité locale.