Préserver, connaître, valoriser les patrimoines

Le Parc naturel régional des Baronnies provençales s’est proposé, avec les habitants et les élu·e·s, de mieux connaître, préserver et faire connaître la richesse de cette histoire de la terre et des hommes, qui façonne nos paysages d’aujourd’hui.

C’est l’ambition des Parc naturels régionaux depuis l’origine. “Sauver” les campagnes de France, leurs traditions, leur économie, leur culture, leur paysage. Car c’est cela le paysage : non la seule nature sauvage, mais bien le spectacle d’un espace fruit des forces naturelles et du travail que les hommes ont imprimé à sa surface. Terrasses de cultures, champs, forêts, villages, routes et chemins : même si une nature seconde s’est développée sur ces structures, tout sort au départ de main d’homme, au prix d’efforts et grâce à des savoir-faires liés à des terroirs savamment entretenus, mais souvent en partie oubliés.

Tout s’inscrit dans le paysage. Aussi, le choix a été fait, dans l’organisation des missions du Parc, de faire du paysage une mission transversale aux autres thèmes, et en premier lieu, évidemment, aux patrimoines, notamment bâtis, qu’il serait vain de vouloir traiter isolément.

Monuments, édifices, bâti, patrimoines ruraux non-protégés sont, la plupart du temps, indissociable de leur écrin paysager. Souvent dans le paysage rural, et particulièrement dans les Baronnies provençales, les éléments patrimoniaux ne se réduisent pas au bâti, aux monuments, à l’architecture, il sont souvent intimement liés aux structures du paysage (murs en pierre sèche, terrasses, cabanons…). Dans celui-ci, le végétal et ses trames sous toutes leurs formes y tiennent une place prépondérante (tilleuls et fruitiers, haies, jardins), ils organisent le parcellaire, en symbiose avec la trame bâtie. Aussi, partout où le territoire nécessite un regard historique et architectural, l’approche va de pair avec une lecture attentive du paysage. Dans la Charte de Parc comme dans le quotidien des différentes missions de l’équipe technique, la culture du paysage est partagée en transversalité.

Le Parc, un esprit participatif

Pour lier connaissance, préservation et valorisation, le Parc naturel régional des Baronnies provençales a voulu mettre en oeuvre une démarche qui fait de chacun, habitant ou visiteur, l’acteur de cet environnement, de ces patrimoines et de ces paysages.

À chaque échelle, individuelle, collective, associative, communale, intercommunale… l’engagement est décisif. A fortiori dans un territoire vaste, aux patrimoines nombreux, disséminés et parfois méconnus. Les habitants et usagers peuvent détenir un savoir des lieux qui complète, parfois dépasse celui des scientifiques, des techniciens, des “spécialistes”, utile à consulter et à recueillir.

L’engagement personnel et collectif peut apporter l’énergie nécessaire et à la mesure de l’ampleur des tâches à accomplir. Ateliers et groupes de travail villageois, chantiers collectifs de restauration illustrent notamment ce rôle essentiel de la société civile.

Méthode, rigueur, attention au terrain

Néanmoins, l’aspect participatif ne saurait se faire au détriment d’une indispensable rigueur méthodologique et scientifique. Cette exigence constitue le “plus Parc”, la valeur ajoutée aux projets locaux. Pour ce faire, le Parc, dès le diagnostic préalable à sa création, s’est entouré de compétences et de personnes ressources adaptées dans les différents domaines qui concernent ses patrimoines. Institutions, associations, membres de son [lien vers la page « conseil scientifique »]Conseil Scientifique, (universitaires parmis lesquels : naturalistes, d’historiens, de géologues, d’agronomes, d’économistes, d’archéologues, d’astronomes…) mais aussi des compétences en interne de ses techniciens, pas seulement voués à des tâches administratives, mais recrutés pour leurs connaissances spécifiques et leurs savoir-faires. De même pour eux, assimiler de nouveaux savoirs utiles, arpenter et connaître chaque jour davantage le terrain, est une tâche essentielle.

Pour connaître, préserver et valoriser les paysages et les patrimoines des Baronnies provençales, des méthodes et des disciplines aussi variées que le sont leurs patrimoines doivent être convoquées de concert et “sur-mesure” autour de chaque lieu à enjeu, de chaque projet. Il y a toutefois des outils fondamentaux.

En effet, afin que les projets s’inscrivent dans le caractère des lieux, l’étude historique des villages et des terroirs est incontournable. Qu’il s’agisse de confier la tâche à des prestataires extérieurs, ou d’études et de projets réalisés en interne, l’exploitation de sources documentaires et leurs méthodes d’analyse sont essentiels. La recherche et le dépouillement des bibliographies, d’archives, de sources iconographiques (cartes postales anciennes…), des cartes ou des photographies aériennes actuelles, passées, des cadastres aux différentes époques, joue un rôle essentiel pour lire et comprendre des traces dans le paysage souvent devenues muettes, remettre l’organisation des éléments patrimonieux dans leur contexte.

À cela doit s’ajouter l’observation de terrain, l’immersion attentive, la prise de vue, la représentation de l’état actuel des éléments patrimoniaux et du paysage. Pour aider aux projets d’aménagement, la logique prospective, à travers la réalisation d’esquisses, de dessins, doit aider les acteurs locaux et les élus à visualiser les possibilités d’un lieu, à faire les meilleurs choix. Enfin, la sensibilisation du public passe par la réalisation et la diffusion de documents de conseils créés spécialement pour les acteurs du Parc, et par des actions sur le terrain (visites, conférences, expositions).

Des espaces patrimoniaux prioritaires

Le Parc est vaste, et ne peut hélas faire l’objet d’une attention et d’un effort de préservation immédiats sur toute son étendue. Néanmoins, l’espace, du fait du relief, est très hétérogène, certains secteurs ayant vu se concentrer l’occupation humaine et ses ouvrages. Aussi peut-on identifier des espaces prioritaires, particulièrement riches en vestiges bâtis, en traces historiques. C’est le cas des fonds de vallée habités de longue date bien sûr, mais aussi de toutes les lieux de passage et d’articulation, stratégiques dans un relief si difficilement pénétrable (gorges, cols…).

Afin de connaître, protéger et valoriser en priorité ces lieux concentrant les patrimoines des Baronnies provençales, il a été défini, sur le plan de Parc accompagnent la Charte, des “espaces patrimoniaux et paysagers prioritaires”, où l’action doit se focaliser pour les 12 prochaines années, horizon d’action de la 1ère Charte du Parc.

Que fait le Parc ?

Élément important au sein de la Charte de Parc, la géologie a d’emblée et avant la création du Parc fait l’objet d’une première phase d’étude, de réflexion opérationnelle et de sensibilisation, avec :

  • La constitution d’un groupe de travail bénévole réunissant des scientifiques (géologues, géomorphologues, pédologues) mais aussi des spécialistes de l’éducation, du tourisme, des é Ce groupe, évolutif, se veut interdisciplinaire (muséographes, paysagistes, artistes…) et a pour vocation de réunir les connaissances et de faire un état des lieux des patrimoines géologiques dans le territoire du Parc, afin de déterminer la stratégie globale la plus adaptée pour leur protection et leur mise en valeur. L’enjeu principal est de rendre le territoire capable de faire de la géologie et de ses paysages un atout, de savoir comment et à quels publics donner à voir cette richesse. L’accent est donc mis sur les aspects de médiation avec le public, pour un thème réputé (à tort ?) difficile ou peu accessible.
  • Un pré-inventaire des patrimoines géologiques réalisé par un ingénieur géologue de l’Institut polytechnique Lassalle-Beauvais, stagiaire en 2013 au sein du futur Parc, visant non-seulement à réunir la bibliographie existante, mais à identifier et cartographier les sites à enjeu dans les Baronnies provençales, et esquisser des possibles actions et circuits de visites
  • L’organisation de visites-conférences gratuites sur le terrain, ouvertes à tous, dans les sites à enjeu, portant sur des thèmes ou des époques spécifiques de l’histoire géologique, avec des scientifiques
  • L’aide à la publication, alors que le Parc n’était encore qu’en projet, du livre du géologue Christian Montenat, Baronnies provençales, des terrains, des paysages et des hommes, ouvrage de vulgarisation illustré et guide de visites autour de la géologie et des activités qui y sont liées, en vente en librairie et dans les offices de tourisme du territoire.

Le Parc naturel régional des Baronnies provençales, en partenariat avec l’association « Gyp art et matière » et avec le soutien financier de l’Europe (FEADER), du Pays Sisteronais-Buëch, de la Communauté de communes du Sisteronais-Buëch, de la Fondation Placo et de la société Placoplatre, des communes de Laragne-Montéglin et de Serres, a engagé en 2017, plusieurs actions, destinées à illustrer, à présenter et à valoriser [lien vers la page « grands-projets-gypse »]le gypse dans toutes ses dimensions.

Conscient de l’importance de mieux connaître des patrimoines souvent modestes, et pour cela négligés, le Parc naturel régional des Baronnies provençales a entériné le principe de mettre en place sur des secteurs à enjeux du territoire, les “espaces patrimoniaux et paysagers à préserver et à valoriser”, un inventaire des patrimoines culturels.

Cet inventaire, qui s’inspire les méthodes élaborés au sein de l’inventaire général du patrimoine culturel en référence aux recommandations du Conseil de l’Europe, doit être mis en oeuvre par un professionnel, attaché au Pnr, qui veillera aussi à associer les habitants des communes étudiées et à diffuser les informations collectées.

Des inventaires thématiques sont également prévus, notamment autour des patrimoines liés à l’eau (moulins, canaux, digues, etc.).

Conscient de l’importance des patrimoines associés à la valorisation agricole du territoire, le Parc se propose de travailler avec les communes, les associations locales de préservation des patrimoines sur la préservation de patrimoines emblématiques des activités humaines, à commencer par l’agriculture. Dans ce territoire de montagne, les hommes n’ont eu de cesse d’aménager les pentes pour y retenir la terre ou y amener l’eau. Aujourd’hui, ces aménagements sont particulièrement intéressants pour protéger les terres des phénomènes de ravinement liés aux épisodes météorologiques extrêmes.

  • Chateauneuf de bordette : Entre 2012 et 2015, le Pnr a accompagné l’organisation de stages de reconstruction de murs en pierres sèches, ouverts aux habitants des Baronnies provençales, en lien avec la commune et le Conservatoire des Espaces Naturels Rhône-Alpes.
  • Villeperdrix : Le Pnr a engagé des actions de sensibilisation aux patrimoines de la pierre sèche, en lien avec le Parc national des Ecrins et le Parc naturel régional du Queyras, dans la perspective de reconquérir d’anciennes terrasses à oliviers.
  • Barret-de-Lioure : En lien avec l’Office National des Forêts, le projet de sauvegarde et la restauration d’une bergerie d’altitude, en pierres sèches, a conduit a financer une première étude architecturale du bâtiment et à engager un recensement de bâtisses comparables dans les environs et à proposer des pistes de valorisation d’un bâtiment restauré.

L’acquisition et la mobilisation de connaissances en matière historique et paysagère est directement articulée à l’accompagnement des communes et des communautés de communes pour conduire leurs projets.

Apportant aide à la décision, au dialogue avec les services de l’État, notamment avec les services des Monuments historiques, pouvant aider à la constitution des cahiers des charges, ou apporter des éléments d’analyse complémentaires, le Parc intervient peut apporter une assistance variée aux collectivités. Il intervient par exemple déjà à l’occasion de l’élaboration d’”Aires de Valorisation de l’Architecture et du patrimoine” (AVAP) pour les communes de Montbrun-les-Bains, Serres ou Rochebrune.

Connaissances et conseils peuvent également appuyer les communes ou communautés de communes qui mènent une procédure d’élaboration ou de révision des documents d’urbanisme (cartes communales, Plan local d’urbanisme), afin d’apporter en amont une garantie de plus vers la création de vrais documents d’urbanismes patrimoniaux, d’anticiper au mieux l’examen des dossiers par les services compétents.

Le Parc par ailleurs est personne publique associée dans l’élaboration des documents d’urbanisme. Il doit rendre un avis sur les documents en fin d’élaboration dans le cadre d’une procédure de “porter à connaissance”. Il est toutefois plus constructif pour la qualité des documents, dans la mesure du possible, d’échanger longtemps en amont sur les projets.

La réglementation nationale sur l’affichage publicitaire, commercial, artisannal et touristique se trouvant automatiquement renforcée dans le territoire des communes adhérentes à un Parc naturel régional, les enseignes et préenseignes se doivent notamment d’être compatibles avec les principes de la Charte du Parc de façon à préserver le caractère patrimonial et paysager des lieux.

La validation des demandes d’autorisation d’implantation de panneaux et le pouvoir de police à cet égard restent toutefois, comme partout en France, le fait de la commune en l’espèce de son Maire. Pour aider les collectivités et les acteurs économiques à mettre dans la légalité leur affichage et leur mobilier, et pour atteindre l’optimum d’intégration patrimoniale des panneaux souhaitable dans un Parc naturel régional, le Parc peut conseiller les collectivités ou acteurs privés, soit à travers une charte de bonnes pratiques sur l’affichage, soit au cas par cas.

Conscient de l’intérêt de mieux connaître les usages et les pratiques passées et présentes attachées à la valorisation et à l’occupation du territoire, le Parc a également choisi d’accompagner des programmes d’enquêtes, fédératives et participatives, destinées à mieux connaître et faire connaître les patrimoines immatériels du territoire.

Il en est ainsi des noms de lieux. Leur étude et la compréhension de leur histoire permet de mieux connaître l’organisation des terroirs depuis le haut Moyen Age, les formes de valorisations agricoles, de repérer les traces anciennes d’habitat ou de discerner les variations locales de la langue d’oc. Depuis 2011, le Parc s’est engagé dans un travail de collecte de toponymes, géoréférencés, à partir de l’exploitation du cadastre napoléonien, des anciens cadastres, de la collecte de mémoires orales, en partenariat avec des chercheurs bénévoles. Cette collecte a également donné lieu à des restitutions partielles de travaux et d’études.

Le Parc a également accompagné la collecte et la numérisation de photographies menées par l’association “Mémoire de la Drôme” dans le canton de Rémuzat et à Buis-les-Baronnies. Les images issues de ces collectes sont consultables sur le site de [https://www.memoire-drome.com/]mémoire de la Drôme. Le Parc a également accompagné l’édition d’un ouvrage présentant certaines de ces images et des témoignages collectés dans le canton de Rémuzat sur la vie quotidienne de l’entre-deux-guerres jusqu’aux années 1970.

D’autres actions ont été initiées pour mieux connaître l’histoire de cultures emblématiques du territoire. Associé à un projet de collecte et de valorisation des “savoirs écologiques paysans”, un travail d’enquête historique a été menée, en partenariat avec le SIVU des Pays du Buech d’hier et d’aujourd’hui, sur l’histoire de l’arboriculture dans les Baronnies depuis le XVIe siècle. De même, le Parc dispose d’une exposition sur l’histoire du pastoralisme hier et aujourd’hui, dans les Baronnies provençales. En partenariat avec le Centre Botanique National Alpin, une série de travaux, relevant de la botanique, de l’histoire, de l’ethnobotanique et de l’étude des paysages, ont été entamés sur le tilleul.

Alliant l’action culturelle et la sensibilisation aux paysages, le Parc organise, dans plusieurs villages, en 2014 et 2015 une résidence de photographes, pratiquant le sténopé et destinée à produire avec les habitants de nouvelles images des paysages des Baronnies provençales, plus étranges et plus familières à la fois.

 

 

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