Agroforesterie et citoyenneté, ou l’art de faire pousser un avenir désirable

À 735 m d’altitude, après une rude grimpette en vélo dans les gorges qui relient l’école de Saint-Ferréol-Trente-Pas au Col de Valouse, lieu où se trouve la ferme de Prunelle Lievaux, les enfants s’affairent autour d’une centaine de plants, malgré l’effort musculaire déjà fourni et un sol argileux détrempé qui témoigne d’une météo capricieuse. La boue, justement, les enfants adorent cela ! Manipulant vers de terre et jeunes pousses, ils découvrent avec curiosité la plantation d’arbres, là où se joue aussi un projet éducatif dense, nourri par de nombreux partenaires engagés.

Les rires se font entendre de loin et attirent l’attention dans ce paysage qu’habituellement, seuls les oiseaux et quelques troupeaux animent. Depuis l’autre côté du vallon, on aperçoit de petites silhouettes s’aventurer dans la pente d’une prairie, rappelant le générique d’une série bien connue des années 70… vous l’avez ! Et pourtant nous sommes en 2026… et, il faut l’avouer, voir des enfants dévaler les montagnes de ce coin de la Drôme fait du bien ! L’effervescence d’un projet agroforestier à Valouse, dans les Baronnies provençales, anime le paysage à tous points de vue. Aux manettes de cette opération ? L’ADAF, l’Association pour le Développement de l’Agroforesterie en Drôme, pour qui arbres riment avec sols vivants. Amanda Leduc, technicienne conseillère en agroforesterie, anime la journée avec énergie, accompagnée de plusieurs services civiques. Ensemble, ils expliquent aux enfants la manière de planter les différentes essences : micocouliers, frênes, érables, pommiers sauvages, genévriers, églantiers… Les uns choisis pour nourrir le troupeau, les autres pour ombrer les chèvres, nourrir les abeilles, retenir le sol ou diversifier la prairie : tout un écosystème en devenir, conçu pour retenir l’eau et restaurer la fertilité du sol.

Humus, humanité, humilité… La punchline de l’association Des Enfants et des Arbres qui accompagne l’action, résume à elle seule l’esprit de la rencontre. Née en 2019, cette association invite chaque année des milliers d’élèves de CM1 à la 6e à devenir acteurs de la transition agroécologique. Leur manifeste ? Planter haies bocagères et arbres champêtres avec des agriculteurs voisins, régénérer sols, eau et biodiversité, en tissant des liens entre ruraux et urbains, consommateurs et producteurs. Avec 166 projets menés cette saison dans toute la France, plus de 100 000 arbres plantés par 14 000 enfants depuis 2020, chaque chantier bénéficie d’un suivi sur trois ans. Si l’action a un coût pour David et Prunelle, l’association Des Enfants et des Arbres en finance la moitié grâce au mécénat carbone. En retour, les éleveurs s’engagent à transmettre leur savoir et à inviter les classes à planter les arbres. Avant la sortie, les élèves ont donc rencontré David et Prunelle à l’école où ils ont sensibilisé les enfants à l’écosystème de la ferme et à l’impact de leur action. Une semaine plus tard, tout est resté dans les mémoires : chacun relève le défi avec entrain, apprend en riant, sans même s’en rendre compte. « Le piquet, côté nord, contre le vent ! » lance l’un des enfants, sûr de son geste et de son savoir tout neuf. David observe la scène, sourire aux lèvres, heureux. Formé en foresterie et après dix ans passés dans les forêts d’Afrique centrale, il se laisse émerveiller par l’énergie des enfants et la transformation déjà visible du paysage après quelques heures seulement de travail, un paysage qu’il habite désormais avec Prunelle, un coin de montagne qu’ils font vivre avec conviction. Autour d’eux, les élus observent, convaincus de l’intérêt pédagogique du projet. Les maires des villages alentour se sont déplacés pour soutenir cette initiative qui tisse des liens entre générations et territoires.

Ce projet s’inscrit dans une année scolaire qui fut manifestement placée sous le signe de la découverte. Il prolonge et enrichit ce que les élèves avaient commencé à explorer à l’automne, dans le cadre de leur « projet Parc » intitulé Contes en Baronnies provençales. Un conte contemporain donc, qui, face aux défis que connaissent aujourd’hui les territoires ruraux, apporte un souffle bienvenu avec son effervescence collective : elle rassure instituteurs, parents et agriculteurs, réunis autour d’un chantier qui fait pousser du sens autant que des racines. Au cœur de cette énergie communicative, il ne s’agit pas seulement de planter des arbres, mais bien de faire germer la promesse d’un avenir verdoyant. Une formule « gagnant-gagnant », comme aime à le souligner la députée, au milieu des citoyens en herbe, où chacun mesure à quel point l’apprentissage se vit dehors et se cultive, manifestement, dans la joie.

Votre navigateur est dépassé !

Mettez à jour votre navigateur pour voir ce site internet correctement. Mettre à jour mon navigateur

×