Santé !

À Bellecombe-Tarendol, le 15 avril 2026, Clément Tourre ouvrait grand les portes de la ferme familiale (Ferme de Soubeyrand) à un groupe de visiteurs, pour une journée organisée par le Parc naturel régional des Baronnies provençales, la Chambre d’agriculture, le CEDER et le Carrefour des habitants de Nyons. Au cœur de cette rencontre ? Le Projet alimentaire de territoire (PAT) du PnrBp. Ce dernier a pour objectif de fédérer les habitants, agriculteurs élus, associations et entreprises autour d’un objectif : bien manger et faire que cet acte quotidien participe à la qualité de notre environnement direct. C’est dans le cadre du PAT que s’inscrit le projet « L’eau à la bouche » financé par l’ARS et le Ministère de l’Alimentation, de l’Agricutlure et de la Forêt, pour aborder la notion One Health, (en français Une seule santé) qui relie humains, animaux, plantes et écosystèmes. en un seul et même ensemble interdépendant. À Bellecombe-Tarendol, la visite du verger réunit producteurs et consommateurs autour du projet agricole mené par Clément et plus largement autour d’une alimentation durable qui vise à être accessible et saine. Les enjeux se dévoilent au fil des échanges, des racines aux fleurs jusqu’à l’assiette.

Avant la dégustation, un peu d’histoire… Fils et petit-fils de paysans, Clément Tourre a repris la ferme familiale en 2021. Les générations se sont succédées : polyculture-élevage chez les aïeux, puis spécialisation abricot-lavande dans les années 70 pour ses parents. Aujourd’hui, avec sa sœur, il gère 12 hectares d’abricotiers, 1,5 ha d’oliviers truffiers et 18 ha de lavande-lavandin. Pour cette visite grand public, il pose d’emblée le ton : « Je vous préviens, mon discours sera percutant. Le fossé entre les agriculteurs et la société est criant, et les médias ne nous facilitent pas la tâche. L’agriculture, c’est notre assiette à tous. Si on utilise des produits phytosanitaires, tout le monde peut le savoir, les champs sont visibles de tous. Une ferme reste une zone de production, pas une réserve naturelle ! Et au milieu de tout cela, il faut ajouter des nuances, rien n’est totalement noir, rien n’est totalement blanc. » Un manifeste franc, qui invite les visiteurs à plonger dans un métier bousculé par les changements climatiques. L’objectif pour Clément en permettant aux visiteurs de découvrir les arcanes de la Ferme Soubeyarand ? Échanger, sensibiliser, tisser un lien vertueux avec ceux qui, sans le savoir, dégustent ses produits depuis longtemps.

Les Baronnies provençales évoluent, la ferme Soubeyrand suit le mouvement, portée par l’ingénierie de Clément. Sa génération pivote sur deux piliers : commercialisation et protection des cultures. Exit les exports en Italie ou en Allemagne, ces marchés ont été raflés par l’Espagne. « On est devenus commerçants : on écoule toute notre récolte au fil de la saison, des plus beaux calibres pour les grandes surfaces aux fruits dits “moins vendeurs” dans des circuits plus tolérants », résume-t-il.

Si en ce mois d’avril les visiteurs peuvent profiter d’un soleil réconfortant, et pas encore trop mordant, le climat quasi montagnard de ce coin des Baronnies provençales reste rude une bonne partie de l’année. Les aléas peuvent être nombreux. Clément explique sans s’apitoyer qu’une grêle soudaine peut anéantir un verger et 365 jours de labeur en 3 minutes. Au printemps, les gelées peuvent être ravageuses sur ces hauteurs où les abricotiers débourrent tôt. Et l’été le manque d’eau reste l’aléa prépondérant. Les solutions ? S’adapter en continu. Clément envisage donc de planter des pêchers. Ces arbres à l’éclosion plus tardive lui permettront d’assurer une récolte qui ne subira pas le gel. Quant à l’eau, il s’agit de l’enjeu principal. Des quotas drastiques sont imposés chaque année aux producteurs de juin à octobre : les agriculteurs peuvent irriguer dans une limite de 1800 m³/ha sur ces sols argileux si spécifiques, quand la limite est de 4000 dans la plaine du Rhône. Pour palier à ce manque, Clément table sur l’installation prochaine d’une retenue collinaire : il pourra ainsi stocker l’hiver pour irriguer l’été et en profiter pour créer une zone humide artificielle qui permettra à une nouvelle biodiversité de s’installer. Ce qui ne l’empêche pas de valoriser l’« eau verte », celle issue des précipitations et qui représente 74 % du cycle des végétaux. « Le stress hydrique génère l’alternance : un arbre épuisé une année ne produit rien l’année suivante. Irriguer stabilise les récoltes », insiste-t-il. Dans sa logique vertueuse, Clément sait qu’un sol vivant est aussi la clef. Bêche en main, il exhume une motte de féveroles : « Le sol ? Ce doit être comme une maison avec le frigo plein. » Les osmies sont nombreuses autour des visiteurs, car ces légumineuses fourragères plantées en rotation pour enrichir les sols, sont en fleurs. Clément dégage la terre autour de leurs racines qui fixent l’azote : le virage agroécologique est pris depuis longtemps, preuve en est sous les yeux novices. Plus loin dans le verger, le décryptage se poursuit : « 10 000 fleurs par arbre ne font pas 10 000 fruits… Au mieux ce sont 2500 abricots qui seront récoltés de cet arbre. Un quart de la récolte potentielle, mais les fruits seront gros et donc sucrés grâce à la présence de nombreuses feuilles sur les branches. Le sucre ne peut se faire sans la photosynthèse. »

Retour à la ferme, jus d’abricot frais offert aux visiteurs qui se délectent bien sûr après une belle leçon d’agro-écologie. L’atelier cuisine, animé par le CEDER, peut démarrer. S’amorce alors l’essence du défi alimentation : relier champs et fourneaux pour cuisiner à la maison en pleine conscience. En découpant les radis de saison pour un taboulé de petit épeautre (local), en dénoyautant olives (de Nyons) pour une tapenade maison, producteurs et consommateurs parlent alors le même langage, simple, limpide, celui de la convivialité que de bons produits et un bon repas permettent. Bien cultiver pour bien manger : le PAT prend vie dans cet instant gourmand, quand les papilles s’ouvrent face au Ventoux encore parsemé de neige qui contraste avec le paysage verdoyant et florissant à souhait. Un paysage parfait pour un premier pique-nique. Bon appétit ! Et Santé !

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