En ce début de mois de juin, à Rémuzat, une dizaine d’habitants s’est retrouvée pour une expérience singulière : imaginer ensemble l’avenir du Parc naturel régional des Baronnies provençales. Pendant deux jours, chacun a été invité à se projeter à l’horizon 2045, dans une forme de laboratoire d’idées collectif. Cette démarche s’inscrit dans un contexte bien précis. En 2030, la charte du Parc devra être révisée. Ce document structurant et incontournable dans la vie d’un Parc fixera les grandes orientations pour les quinze années à venir. Au-delà de son cadre administratif, il engage une vision de territoire. Et pour nourrir cette réflexion au plus près des réalités locales, le Syndicat mixte du Parc a fait le choix d’associer directement les habitants à cette phase amont, en organisant tout au long de ce mois de juin, quatre temps de rencontres dans quatre bassins de vie du territoire.
Un format innovant
La « résidence d’habitants » propose ainsi un espace de dialogue différent. Ni réunion publique ni consultation classique, elle offre un temps de respiration où les paroles peuvent se déployer librement, accompagnées par des outils créatifs, des temps d’échange, de débats, et des moments plus informels où les idées souvent émergent. Autour de la table, les profils se croisent : une maraîchère, un ingénieur informatique, une photographe, un animateur nature, une enseignante, un berger… Autant de regards singuliers qui participent à dessiner une vision commune, et pour autant pour chacun différente.
Dès les premiers échanges, un constat partagé émerge : si le Parc est globalement perçu de manière positive, ses missions restent parfois floues. Un podcast est diffusé en introduction de la rencontre, qui retransmet la parole d’habitants, issu de micros-trottoirs. On y retrouve des axes essentiels : l’environnement, la biodiversité, l’eau… Si ces réalités existent, les actions concrètes sont moins nommées et il est bon de les rappeler afin que chacun partage la dynamique existante : protection des patrimoines, accompagnement des projets, aménagement, développement local, éducation… mais surtout, une capacité essentielle à relier. Relier les acteurs, les initiatives, les idées, et faire émerger des dynamiques collectives à l’échelle d’un périmètre défini entre Drôme et Hautes-Alpes, entre Auvergne-Rhône-Alpes et Région Sud. En somme, tout ce qui est évoqué en introduction reflète l’essence même de ce que chacun est venu apporter ici : une des pierres à ce grand édifice que sont Les Baronnies provençales.
Au fil des échanges, les discussions font apparaître des enjeux forts et certains s’imposent comme des socles incontournables, dans la continuité du travail engagé depuis la création du Parc. Ces thématiques, profondément liées au vivant, demeurent centrales et interrogent leur évolution dans un contexte de changements climatiques et de pressions croissantes. D’autres préoccupations émergent également, parfois de manière plus diffuse : les mobilités, l’accès aux soins, le logement ou encore les équilibres économiques, et la culture. Elles traduisent des attentes concrètes, souvent liées aux conditions de vie et aux transformations du territoire. Le Parc, en tant que territoire habité et non figé, doit composer avec ces dimensions multiples, dans une approche systémique où les enjeux se répondent. Les échanges soulignent aussi la nécessité de maintenir des équilibres tout en soulevant quelques questions aux réponses complexes : comment préserver un territoire vivant et accueillant sans encourager une surfréquentation touristique, ou en gardant un accès au foncier pour les locaux ? Comment garantir l’accès à la ressource en eau tout en soutenant une agriculture nourricière ? Au-delà des thématiques et des enjeux, c’est une manière de faire propre aux Baronnies provençales, voire une identité qui se dessine : celle d’un territoire qui se construit collectivement, en donnant une place réelle à l’humain et qui porte une véritable attention au vivant dans sa globalité.
Ainsi, cette première résidence d’habitants marque le début d’un processus plus long et trois autres temps de travail collectif viendront, dans le courant de ce mois de juin, enrichir cette réflexion de départ dans différents secteurs du Parc. Autant d’occasions de croiser les regards, d’élargir les imaginaires et de nourrir l’écriture d’un projet partagé. Car au fond, la question reste ouverte : comment imaginer, ensemble, un territoire désirable en 2045 ?