Fontaines des Baronnies provençales : d’où vient ton eau ?

27 AVR. 2019 Afficher/Masquer la photo


Elles sont souvent discrètes, comme ces bornes-fontaines en pierre ou en fonte de la fin du XIXe siècle. Parfois plus ostentatoires, occupant le centre des places. Mais elles évoquent toutes les efforts des habitants et des communes des Baronnies provençales, depuis le Moyen-Âge, pour disposer au cœur des villages, d’un accès à l’eau.

Cette eau précieuse, tant recherchée, a souvent parcouru des kilomètres sous terre avant de sourdre par une faille, collectée et dirigée vers l’air libre grâce à la présence opportune d’un banc d’argile. Elle est rare sur un anticlinal, vaste plateau où elle s’enfonce pour former, en sous-sol, de véritables rivières souterraines, comme celle qui court sous Villeperdrix et le plateau de Saint-Laurent (Saint-May). Elle est plus présente, quoique discrète, le long des versants de nos montagnes, où alternent basses calcaires et marnes noire, grises ou bleues. Laragne-Montéglin et Lazer disposent ainsi, grâce aux marnes situées au sud de la montagne de Saint-Genis, d’un réseau important de sources qui alimentent les fontaines des deux communes.

Les habitants ont su reconnaître ces lieux pour habiter à proximité. Si la position défensive de certains sites a joué un rôle important dans l’implantation des châteaux et des villages des Baronnies provençales au Moyen-Âge, l’accès à l’eau (grâce à une source située à proximité et canalisée) a été une préoccupation constante. A Nyons, les trois fontaines du quartier des Forts ont ainsi été alimentées par un réseau de sources, captées depuis la montagne du Devès. A Béconne (commune de Roche-Saint-Secret-Béconne), la source du vieux village était située à quelques dizaines de mètres, tout comme à Piégon où le lavoir de la fin du XIXe siècle a été restauré dans les années 2000. On pense même que Montréal-les-Sources ne signifierait pas le « mont royal », comme on pourrait facilement le penser mais plutôt le « mont des ruisseaux » (appelés rialh ou riale en occitan).

Depuis le Moyen-Âge, les efforts sont donc constants pour amener l’eau au village. C’est d’abord un point d’eau unique, mais à partir du milieu du XIXe siècle et le souci hygiéniste, les fontaines se multiplient. Les travaux de canalisation sont plus impressionnants. On peut se tenir debout dans certaines de ces galeries d’alimentation. A La Roche-sur-le-Buis, au-dessus du vieux château ruiné, la canalisation s’enfonce de plusieurs dizaines de mettre sous la terre. A Mirabel-aux-Baronnies, un étroit boyau en brique de plusieurs centaines de mètres relie le quartier de la Tune au village.

Dans les villages, les édiles locaux cherchent aussi à magnifier l’eau. Pour cela, ils font appel à des maîtres-fontainiers qui vont reprendre le réseau et créer de belles fontaines. Amédée Gresse réalise ainsi celles de Mollans et de La Motte-Chalancon dans les années 1710. Joseph Felix Fournery est chargé de celles de Montbrun (fontaine du beffroi) et de Ribiers au milieu du XIXe siècle. A Nyons ou à Laragne-Montéglin, on bâtit des fontaines monumentales sur chacune des places principales du XIXe siècle. On y associe souvent un lavoir, lieu de sociabilité. Elles peuvent être suffisamment remarquables pour être protégées au titre des monuments historiques, comme à Mollans-sur-Ouvèze ou à Mirabel-aux-Baronnies.

Mais avec le développement des réseaux d’eau potable, à partir du début du XXe siècle, nos fontaines ont perdu leur fonction. Les lavoirs ont souvent été démontés pour faire place à la voiture. Quand elles ne sont pas arrêtées par mesure d’économie d’eau, elles restent un des éléments d’agrément de nos villes et de nos villages et savent nous raconter, par leur musique, l’histoire de l’eau amie, source de vie.

Certaines communes ont ainsi créé des itinéraires de découverte de leurs fontaines, comme à Mollans-sur-Ouvèze ou à Montbrun-les-Bains.

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